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Conférence de presse au Café Napoléon.

Dominique Voynet en discussion avec le professeur Paradis sur l'espace naturel protégé du Ricanto, qu'elle avez initié étant ministre.

Dominique Voynet avec les militants d'I Verdi Corsi.
Dominique Voynet aux militants d’I Verdi Corsi.
Depuis trop longtemps l'Etat, les médias et la société française, ont considéré avec condescendance la Corse comme un territoire d'une grande beauté mais affectée irrémédiablement par des problèmes d'ordre public, de corruption et d'incivisme.
Ces problèmes existent certes, et le recours à la violence notamment la violence politique, reste une plaie dont les Corses, de plus en plus nombreux, aspirent à se débarrasser.
Mais ils sont une conséquence aggravante et non une cause des problèmes de l'île.
La Corse est au premier chef confrontée à des difficultés de reconnaissance et de développement partagé qui placent sans cesse la population en porte à faux.
Les dispositions arrêtées dans plusieurs pays voisins, à commencer par l'Italie et l'Espagne ne peuvent que nourrir l'aspiration des Corses à une évolution forte de leur territoire.
Le Pays Basque par exemple a connu ces dix dernières années un développement économique tout à fait spectaculaire, passant de 25% de chômage à moins de 6% en 2005. (25000 emplois dans la filière énergie et l'indépendance énergétique par le développement de l'éolien et de la production gaz).
Le statut actuel de l'île n'a jamais fait avancer les choses. Il n'a traité ni les problèmes récurrents de clans, ni les rentes de situation spéculatives en matière foncière, ni la question du mal développement touristique de certaines zones.
Pour autant, il existe d'ores et déjà et sans attendre le « grand soir institutionnel », des solutions permettant une plus grande autonomie et responsabilité de cette région.
Il faut, à mon sens et en premier lieu, reconnaître explicitement le fait corse et mettre en chantier les réformes qui le manifesteront. Il importe de proposer les voies d'une prise en compte de sa spécificité culturelle, sociale et linguistique, qui correspond à son histoire particulière. Il convient enfin de tenir compte de ses écosystèmes insulaires originaux.
En second lieu il est fondamental de favoriser un développement en propre de l'économie et de la société corses en l'intégrant dans le cadre d'une stratégie européenne des îles de la méditerranée.
Ces objectifs ne sauraient être atteints qu'en dépassant les logiques de dépendance et d'assistance, en accordant une attention prioritaire aux composantes de la population entreprenantes, solidaires et attachées à la démocratie.
Je pense en particulier à ces groupes, associations et organismes dans les domaines du développement local, des droits de l'homme, de l'intégration des immigrants, dans l'animation et la vie des quartiers difficiles, dans les pratiques culturelles et dans une agriculture attentive à l'emploi et au respect des milieux.
Une attention toute particulière doit être portée à la création d'entreprises et d'activités favorables à une réduction de la dépendance et à une reconquête de souveraineté, à une meilleure qualité des services, et à la valorisation des ressources naturelles.
Cette société civile qui existe de façon plus ou moins dispersée en Corse a besoin de lieux de débat, de participation et de soutien à l'initiative.
C'est un problème assez ancien : je m'honore, alors que j'étais Ministre, d'avoir défendu, seule contre tous au départ, ce genre d'idées.
Contre l'avis d'un ministre de l'intérieur borné et répressif, j'ai convaincu à l'époque Lionel Jospin d'aller de l'avant sur la voie d'un processus qui procède d'une logique claire :
Les évolutions institutionnelles quelles qu'elles soient (autonomie, indépendance, statu quo, euro région) seront la conséquence inévitable des dynamiques d'action permettant à la société civile corse d'engager son développement économique et social sur le long terme.
Je pense qu'il faut relancer ce type de démarches.
Et il y a urgence, tant les impasses de la droite et sa logique répressive nous préparent un retour des affrontements stériles et sans doute une reprise de la violence.
La mise en place des contrats de plan et des programmes européens 2007/20013 pourrait constituer un moment privilégié, visible pour tous, de construction d'un projet tourné vers l'emploi, le développement durable, la cohésion sociale et l'organisation de l'Ile en territoires de projet.
Pour y contribuer, le lancement d'Etats généraux du développement durable de la Corse serait un bel objectif.
Si vous, i Verdi Corsi , vous parvenez à incarner cette contre-société civile des alternatives culturelles, économiques, écologiques, énergétiques et territoriales, vous deviendrez à coup sûr un pôle incontournable des solutions pour l'avenir de la Corse.
Et je ne pense pas être la plus mal placée, si les verts me désignent, pour vous aider à impulser ce type de dynamique, à l'occasion de la présidentielle !
Dominique VOYNET
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