Dr Fauconnier Denis
La contamination de la Corse n’est plus mise en doute
La Corse a été la première région touchée par le nuage
4 000 à 35 000 bq/m2 en césium 137 avec une moyenne de 18 000
30 000 à 250 000 bq/m2 d’iode 131
lait de chèvre et de brebis, jusqu'à plus de 10 000 bq/l dans de nombreuses régions de Corse
et estimé à plus de 100 000dans la région de Ghisonnaccia
(données IPSN) (brocciu et fromage frais : de 40 000 à 300 000 bq/kg
ce qui a conduit à des dépassements souvent très importants des doses à la thyroïde pour beaucoup d’entre nous.
L’irradiation a été aggravée par les Tellures et l’Iode 132 (éléments à vie très courte).
C’est une notion négligée par le SCPRI mais qui a pu avoir un rôle déterminant dans l’augmentation des pathologies thyroïdiennes ;
Bilan des enquêtes et du suivi des populations
Problème d’un excès d’hypothyroïdies néonatales :
En 1987 j’avais fait des recherches concernant la survenue des hypothyroïdies néonatales.
En Corse avant 86 on retrouvait environ un cas par an,
en 86 il y a eu 5 cas, dont 4 cas entre le 15 mai et le 15 octobre.
En région PACA avant 86 on retrouvait 9 cas par an en moyenne
Il y a eu 23 cas en 86
Cette augmentation aurait mérité une étude approfondie, que je n’ai pu mener à bien malgré de nombreuses démarches restées vaines.
Dans ma clientèle, dès 1987 j’ai remarqué davantage de problèmes thyroïdiens ; plus d’hyperthyroïdies, des goitres anciens déstabilisés et plus de nodules thyroïdiens. Sur la haute Corse, le seul endocrinologue de Bastia avait constaté une nette augmentation des patients consultant pour des affections thyroïdiennes.
Juillet 86 l’ORS de Corse est chargé d’étudier l’impact sanitaire de l’accident de Tchernobyl.
La nécessité de cette étude ainsi qu’un suivi médical de la population ont été maintes fois réclamés par les institutions locales, nationales et européennes :
23 novembre 1988 Stanley Clinton-Davis, commissaire européen de l’environnement, demande officiellement au gouvernement français « d’effectuer un suivi sanitaire des populations les plus exposées »
1996 U Lévante demande à la DRASS, à l’ORS, aux membres de la conférence régionale de la santé, une enquête épidémiologique sur les pathologies thyroïdiennes en Corse.
1997 le CSSIN (conseil supérieur de la sûreté et de l’information nucléaires) estime qu’une étude épidémiologique est justifiée sur les cancers de la thyroïde en Corse et dans le Jura.
27 octobre 2000 la collectivité territoriale de Corse demande aux services de l’Etat et à l’ORS qu’une étude épidémiologique portant sur les conséquences des retombées sur l’île soit lancée.
Juillet 2001 délibération du Conseil Général de Haute Corse demandant des enquêtes complémentaires de santé publique.
Mai 2005 le Conseil Général de Haute Corse réitère par délibération sa demande d’étude épidémiologique ainsi que la création d’un registre des cancers et un suivi des populations à risque.
Depuis 19 ans on nous laisse croire au démarrage des enquêtes mais le blocage perdure.
Aujourd’hui ce n’est plus l’ORS de Corse qui a en charge cette étude mais la CIRE-Sud (Cellule Inter Régionale d’Epidémiologie), antenne de l’INVS (Institut de veille sanitaire) ; la volonté de faire une étude exhaustive des cancers de la thyroïde n’est toujours pas à l’ordre du jour puisque les médecins généralistes et les endocrinologues n’ont toujours pas été interrogés.
Néanmoins une étude partielle a été menée par la CPAM de Corse qui a donné des chiffres précis à partir de ses dossiers ALD (Affections Longue Durée) cités par Mr Arrighi (directeur de l’ORS) le 31 janvier 2001 et publiés dans le journal médical « trait d’union » d’octobre 2003.
Cette étude porte sur les années 1997 à 2002. Elle n’inclue donc pas les patients relevant de la MSA et des autres caisses.
Elle chiffre entre 12 et 20 cas de cancers de la thyroïde par an pour la Corse du Sud (moyenne de 14,7 cas par an) et il y aurait 1/3 de plus pour les autres caisses ce qui ferait 18 à 30 cas suivant les années pour la Corse du Sud et d’après l’auteur autant pour la Haute Corse ; soit de 36 à 60 cas suivant les années pour toute la Corse (moyenne de 44,1cas par an pour 260 000 h), ce qui nous donne une estimation de l’incidence du cancer de la thyroïde proche de la réalité de 17 pour 100 000 soit près de 4 fois plus que l’incidence nationale .
Sur le continent : 4,5 en 1995 ; 2,5 en 1985 ; 1,5 en 1975
L’augmentation de l’incidence de ces cancers sur le continent depuis la fin des années 70 et en Corse est souvent mise sur le compte d’une plus grande vigilance des médecins sur les pathologies thyroïdiennes et par des moyens de dépistage plus sophistiqués.
Il est pour nous très important d’analyser la valeur de ces arguments.
C’est pour cela que nous avons entrepris de mener une étude indépendante qui est dirigée par ma fille Sophie (médecin à Grenoble).
Cette étude est faite sous l’égide de l’ARTAC (Association française pour la Recherche Thérapeutique Anticancéreuse) avec le soutien de l’URML (Union Régionale des Médecins Libéraux de Corse) et le Dr Laurence Gabrielli, endocrinologue à Bastia.
Cette thèse va étudier l’évolution des circonstances diagnostiques du cancer de la thyroïde en Corse sur deux décennies (1984-2004).
Un questionnaire précis a été réalisé et diffusé à tous les généralistes et endocrinologues de Corse.
Il s’agit de savoir si la découverte du cancer de la thyroïde est fortuite ou si le patient a consulté pour un trouble fonctionnel ou une gène locale.
Nous avons recueilli et analysé de nombreux témoignages par le biais de malades qui se sont manifestés directement à nous, des malades qui ont pris contact avec la CRIIRAD ou l’AFMT, ainsi que quelques fiches que certains médecins nous ont retournées
Je profite de cette occasion pour lancer un appel à la population pour que les patients souffrant d’un cancer de la thyroïde se manifestent pour nous permettre d’avancer dans notre recherche. Cela devrait malheureusement concerner plusieurs centaines de personnes.
Vos témoignages sont très importants.
Une étude équivalente devrait être menée concernant les thyroïdites de Hashimoto, maladie auto-immune, parfois invalidante, qui semble progresser énormément (comme en Biélorussie).
Lexique :
CRIIRAD : Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité
AFMT : Association française des malades de la thyroïde.
Contacts :
Téléphone : 04 95 61 07 43
Email : fauconnier@tuani.org
Courrier : S. FAUCONNIER Tuani 20 226 COSTA
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